Burn-out et entrepreneur : où se trouve notre propre limite ?

24 Oct, 2018 | Humeurs

Le burn-out, sujet qui prête aux échanges virulents, aux divergences de point de vue. Et encore plus chez les entrepreneurs, d’ailleurs. Parce qu’être son propre patron, décider du job qu’on réalise au quotidien, ça enlève certains droits et certaines douleurs apparemment.

Mais en fait c’est complètement faux. Il y a une vague d’entrepreneurs qui osent et qui testent à tâtons l’expérience de monter son propre business. Et seuls ceux qui l’ont vécu peuvent l’attester : dans nos débuts, on travaille bien plus qu’en ayant conservé un contrat classique. La différence c’est le lieu d’où on le fait, la qualité qu’on décide de s’octroyer pour différentes actions et nos droits à décider de beaucoup de paramètres. Mais, ces derniers temps, seul le côté positif du jeu est évoqué. Et pourtant, la réalité du burn-out est bien réelle.

Je me suis lancée par passion, besoin et violence

Quand j’ai créé Digital Women depuis mon appartement, je ne savais pas le tiers de ce que j’allais pouvoir vivre avec cette entreprise. J’ai, comme beaucoup, pris mon temps, cumulé mon CDI et ma boîte. C’était fatiguant, ça me demandait de l’organisation, du courage, de l’envie, mais j’avais la dalle. J’avais des idées, une vision des choses, une méthodologie et je savais qu’il était temps pour moi, même à 22 ans, de les affirmer face au monde.

Mais j’étais terriblement lucide. J’ai rapidement vu que ça demandait du sacrifice, un entourage solide, un mental d’acier et une envie ennivrante de produire. J’y pensais comme une droguée en manque de sa dose. C’était devenu ma première pensée du matin, celle qui venait chatouiller mon esprit à chaque temps de pause (ou pas d’ailleurs), et c’était aussi avec ça que je m’endormais. J’étais en train de devenir obsessionnelle et je ne le réalisais qu’à moitié sur le moment.

J’ai tenu un an comme ça. A vivre une vie par procuration, au travers de mon business, à m’éloigner sans vraiment le voir, à refuser les sorties, les moments off, les horaires, les temps morts. Si je n’avais pas mon pc, je me jetais sur mon portable.

J’étais devenue dépendante de ma propre création.

J’ai réalisé la perte de mon souffle juste à temps

Ce qui permet à certains de ne pas vivre le burn-out, c’est en étant capable de ressentir les alertes de son propre corps. Il y a quelques mois, mon activité s’est débridée d’un coup. J’ai enchaîné les demandes de création de site web, les conseils communication, mais j’étais toujours seule à bord. Être sur tous les tableaux, c’était ce que j’avais toujours voulu. Et maintenant que c’était le cas, je n’assumais pas ? Hors de question, et le challenge était vraiment personnel.

Mais un jour, mon mari m’a mis face à l’évidence : j’étais en train de sombrer. Je n’avais plus le temps de rien, parce que je ne le prenais pas. J’étais épuisée, je dormais peu et mal, je n’avais pas d’appétit mais je mangeais très mal quand il m’arrivait de le faire. Et progressivement je devenais inefficace, pas inspirée, et sûrement plus très inspirante.

J’ai tout de même continué de m’enfoncer dans ce cercle sombre pendant quelques semaines, et puis, je me suis foutue une claque moi-même. Et je pense que j’étais la seule capable de pouvoir le faire.

J’étais mon seul boureau, mon seul juge et mon seul sauveur.

J’ai révolutionné mon organisation pour éviter et repousser définitivement le burn-out

J’ai osé mettre des mots sur mes maux. J’étais à deux doigts de la dépression, j’allais péter un câble, disjoncter, réaliser mon premier burn-out alors que toutes les décisions me revenaient. J’étais en train de décider et de choisir de me faire mal, de m’auto-détruire. Et j’ai compris. J’ai compris que j’étais la seule à pouvoir faire marche arrière, avant qu’il ne soit trop tard, et que je ne puisse plus m’en sortir seule.

J’ai changé mon organisation, ma façon de travailler, mon efficacité, mon implication, ma manière de réfléchir, j’ai pris des vacances, donné un sens à mes priorités, je me suis imposée des créneaux de détentes pour mes proches, le sport, le loisir, et le rien foutre. Et j’adore ça. J’adore cette nouvelle manière de voir les choses, je n’ai jamais été aussi efficace, inspirée et productive. Il me fallait vivre ce trop-plein, cette difficulté, pour savoir, et pour ajuster.

Que tu sois salariée, ton propre patron, ou que tu sois encore en recherche de celle que tu veux être, n’autorise personne, et surtout pas toi, à te pousser à l’implosion. Réalise les choses, sois franche avec toi-même, je sais que c’est dur d’accepter qu’on se blesse soi-même, avec personne au dessus de nous à blâmer, mais il n’y a pas vraiment de méchant dans cette histoire. C’est juste la tienne, et aussi humaine que tu sois, pour l’écrire, tu vas devoir apprendre à te dompter et à te comprendre. Prenez le temps de prendre soin de vous.